L’ACFÉO, alliée dans la lutte pour l’instruction en français des Sœurs Dionne*

Le 28 mai 1934 se produit un événement inusité aux allures de miracle chez une famille franco-ontarienne modeste qui habite dans le petit village de Corbeil, dans le nord de l’Ontario.

Elzire Dionne donne naissance à cinq filles en parfaite santé : Annette, Cécile, Émilie, Marie et Yvonne. Une première dans l’histoire médicale mondiale.

La nouvelle fait le tour de la planète et se trouve à la une de tous les journaux. Rapidement, les Sœurs Dionne deviennent les Franco-Ontariennes les plus célèbres au monde.

Cet événement inusité attire l’attention de tous, y compris des autorités gouvernementales.

Prétextant de vouloir les mettre à l’abri des intérêts commerciaux, le gouvernement de l’Ontario retire la garde des sœurs Dionne à leurs parents biologiques, en les plaçant sous la tutelle d’un docteur anglophone. Les sœurs Dionne deviennent des pupilles de l’État.

Paradoxalement, le gouvernement qui prend cette mesure unique pour le bien-être et la sécurité des sœurs Dionne les exploitera à ses propres fins mercantiles. Dans les années 1930, les Sœurs Dionne deviendront l’attraction touristique la plus visitée de l’Ontario, surpassant les chutes du Niagara.

Rapidement, les institutrices responsables de leur éducation en français sont évincées au profit d’institutrices anglophones. Les parents ne sont plus autorisés à entrer en contact avec leur progéniture.

Oliva Dionne et son épouse s’engagent dans une lutte pour retrouver la garde de leurs enfants et s’assurer qu’elles reçoivent une éducation en français.

Il fait appel à l’ACÉFO en écrivant une première fois le 26 février 1938 :

« Ma femme se joint à moi pour vous supplier de prendre en mains notre cause et celle de nos Jumelles. Votre association a pour rôle de s’occuper des Canadiens français et nous comptons sur vous. »

Fondée en 1910, l’organisme a connu un baptême de feu en se consacrant entièrement dans ses premières décennies d’existence à la lutte (remportée avec succès) contre le Règlement XVII, qui interdisait l’enseignement en français dans les écoles de l’Ontario. Dionne a besoin d’appui et l’ACÉFO a une expertise unique en revendication scolaire franco-ontarienne.

Dionne revient à la charge quelques jours suivants, le 1er mars 1938 : « Je demande de nouveau cette même association de surveiller et de s’occuper activement de leur éducation et je leur délègue par ces présentes toute mon autorité, tous mes droits et tous mes pouvoirs. »

L’organisme accepte de défendre les sœurs Dionne et se lance dans une nouvelle lutte : faire reconnaître une fois de plus le droit à l’éducation en français en Ontario. Fait notable, contrairement à l’époque du Règlement XVII, l’ACFÉO opte pour une lutte dans les coulisses plutôt que pour un affrontement ouvert sur la place publique.

C’est Edmond Cloutier (1893-1977), vice-président de l’ACFÉO et directeur général du quotidien Le Droit qui s’occupe du dossier au sein de l’association.

Dans sa défense des sœurs Dionne, l’ACFÉO interpelle souvent le ministre Paul Leduc, seul ministre franco-ontarien du cabinet provincial et gendre du premier fondateur de l’ACFÉO, Napoléon-Antoine Belcourt.

L’ACFÉO remportera une première victoire avec l’embauche d’institutrices francophones en 1941. La tutelle ne sera supprimée qu’en 1944 et la famille sera réunie à nouveau.

On doit à l’historien et cocréateur du drapeau franco-ontarien Gaétan Gervais d’avoir mis en reliefs dans des études pionnières la dimension franco-ontarienne de la saga des Sœurs Dionne et du rôle joué par l’ACÉFO dans cet épisode méconnue de la lutte pour le droit à l’enseignement en français en Ontario.

En 1998, le gouvernement de l’Ontario a présenté des excuses officielles pour l’exploitation infantile dont elles ont été victimes par l’État et a versé une indemnité aux Sœurs Dionne toujours vivantes.

 

*Bien que plus connues sous le nom de « Quintuplées Dionne », nous avons préféré écrire « les Sœurs Dionne », la préférence des deux sœurs Dionne toujours vivantes dans des entrevues récemment accordées aux médias.