30e anniversaire de la chanson « Notre place » et de l’entrée en vigueur de la Loi sur les services en français de l’Ontario

Le 18 novembre 1989, l’Ontario français vivait des moments historiques.

La veille de l’entrée en vigueur de la Loi sur les services en français de l’Ontario, la communauté franco-ontarienne au grand complet s’était donnée rendez-vous à Toronto pour célébrer un jalon majeur de son histoire. L’événement à son tour, marquera lui aussi l’histoire. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario est heureuse de vous partager cette page de notre histoire.

Réclamée depuis des années, principalement depuis le congrès de 1977 de l’ACFO provinciale (aujourd’hui Assemblée de la francophonie de l’Ontario) et après une tentative infructueuse à l’Assemblée législative en 1978, cette loi sur les services en français, ou « loi-cadre » comme on la surnommait à l’époque, avait finalement été adoptée à l’unanimité le 18 novembre 1986 par tous les partis politiques à l’Assemblée législative de l’Ontario. Son entrée en vigueur surviendrait trois ans plus tard. Ladite « loi-cadre », serait une loi globale encadrant l’offre de tous les services provinciaux de l’Ontario en français.

 

Pour marquer le coup, la jeune Fondation franco-ontarienne (fondée en 1986) et la chaîne française de TVOntario (aujourd’hui Groupe média TFO) offrent aux Franco-Ontarien.ne.s un grandiose gala où le calibre professionnel de la production est inégalé et où la qualité des intervenants impressionne.

Capture d’écran du « Grand Gala ». 

 

Toute la francophonie ontarienne s’était donnée rendez-vous à Toronto pour la fin de semaine du 17 au 19 novembre 1989. L’annuel conseil provincial de l’ACFO provinciale, réunissant les présidents et directeurs généraux des organismes membres de l’ACFO, se tenait le vendredi de même que les sessions d’action de l’ACFO pendant la journée et les assises annuelles de la Fédération des francophones hors-Québec (devenue en 1991 la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, FCFA du Canada). Ainsi, plein de francophones, pas seulement du Canada, mais de partout au pays se trouvent à Toronto.

Le soir du 17 novembre 1989, l’ACFO provinciale organise une soirée de célébration pour remercier les élus de tous les partis d’avoir voté à l’unanimité pour la Loi sur les services en français. La soirée est animée par la présidente de l’ACFO de l’époque, Rolande (Soucie) Faucher en présence des trois chefs des partis provinciaux d’importance : le chef du Parti libéral de l’Ontario et premier ministre de la province, David Peterson, le chef de l’Opposition officielle et du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, Bob Rae et le chef du Parti progressiste-conservateur par intérim Andy Brandt. Dans l’assistance se trouve l’ancien président (1980-1982) de l’ACFO, Yves Saint-Denis.

La soirée du gala du 18 novembre 1989 est animée par l’auteur-compositeur-interprète franco-ontarien Robert Paquette. Viendront l’épauler dans l’animation du gala Diane Chabot, Jean Marc Dalpé, Charlotte Gobeil, André Nadeau et Jacqueline Pelletier.

Cette dernière, entre temps devenue animatrice de talk-show sur la chaîne française de TVOntario, avait fait un coup d’éclat en 1975. Convaincue de la profonde injustice qu’étaient victimes les Franco-Ontarien.ne.s en matière de justice, elle avait instigué le mouvement « C’est l’temps ! » en se faisant emprisonner pour réclamer la bilinguisation des services juridiques et pénaux, tout en attirant l’attention médiatique et faisait pression politiquement sur la lenteur de l’étapisme (la célèbre « politique des petits pas ») que prône à l’époque le gouvernement de Bill Davis.

Article paru dans le journal Le Droit d’Ottawa, le 9 avril 1975. Un nouveau mouvement de désobéissance civile en Ontario français était né, du jamais vu depuis l’époque de la lutte contre le Règlement XVII (1912-1927).

 

En refusant de payer sa contravention unilingue anglophone pour excès de vitesse, la désobéissance civile de Pelletier en inspira d’autres, qui l’imiteront à leur tour, en préférant se faire emprisonner en Ontario plutôt que de payer des contraventions unilingues anglophones. Le mouvement « C’est l’temps » avait grandement contribué à paver la voie pour l’adoption onze ans plus tard de la Loi sur les services en français de l’Ontario.

Au grand gala de 1989, l’optimise qui règne dans la salle est papable. Tout le monde sourit et a le cœur à la fête. Car d’être venu d’aussi loin en Ontario en tant que francophone, n’aura pas été chose facile. Le parcours aura été parsemé d’embûches. D’ailleurs, d’entrée de jeu dans l’introduction du gala, quelques-uns se paieront la tête de Lord Durham, qui avait affirmé dans son tristement rapport de 1839, suite aux soulèvements des Patriotes dans le Haut et le Bas Canada (1837-1838), que les « Canadiens français formaient un peuple sans histoire et sans littérature » et que leur seul salut pour eux résidait à s’assimiler aux anglophones (bien que minoritaires, à cette époque).

En 1989 – 150 ans plus tard – les francophones étaient toujours bien vivant, surtout en Ontario, où fort de leur histoire, leur avenir s’annonçait radieux. L’époque du Règlement XVII semblait définitivement révolue et personne ne pourrait s’imaginer la crise linguistique de Sault-Ste-Marie l’année suivante, S.O.S. Montfort qui allait survenir huit ans plus tard et encore moins le « Jeudi Noir » du 15 novembre 2018.

Car en 1989, bien au-delà de sa portée et de son importance strictement juridique, la Loi sur les services en français (principalement écrite par le juriste franco-ontarien Étienne St-Aubin), était perçue et accueillit comme un gage de reconnaissance hautement symbolique et lourd de sens pour les francophones de l’Ontario, qui avaient enfin l’impression de ne plus être étranger dans leur province. Le temps de l’errance et l’exil intérieur tiraient à leur fin.

Entre les chansons, les prestations du groupe humoristique franco-ontarien DDT, et les lectures de poèmes, la soirée du grand gala est ponctuée de discours de chefs de file de la communauté, entre autres du père Roger Guindon (président-fondateur de la Fondation franco-ontarienne), de Rolande (Soucie) Faucher (présidente de l’ACFO provinciale), de frère Maurice Lapointe (président-fondateur du conseil d’administration du collègue La Cité) et d’Yvonne LeBel (présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens de 1972-73).

Le militant franco-ontarien, juriste et ancien directeur général de l’ACFO provinciale, Gérard Lévesque, en profite quant à lui dans une allocution préenregistrée sur vidéocassette depuis son bureau d’avocat sur l’avenue McArthur à Vanier pour réclamer la suite logique des choses : l’enchâssement des droits linguistiques des Franco-Ontarien.n.e.s dans la constitution canadienne ! Rien de moins !

Le premier ministre de l’Ontario, David Peterson et le premier ministre Brian Mulroney, livrent aussi des discours préenregistrés qui saluent la ténacité de la communauté franco-ontarienne et l’importance capitale de celle-ci pour la province et le pays.

Le ministre qui a piloté l’adoption (à l’unanimité, d’ailleurs) de la Loi le 18 novembre 1986, Bernard Grandmaître est accueilli en héros sous une salve d’applaudissements et une ovation debout.

L’histoire plus que tricentenaire des Franco-Ontarien.ne.s est soulignée en grand tout au long du gala, photos d’archives en appui. La recherche et la rédaction de ces capsules d’histoire est confiée au jeune auteur et chercheur franco-ontarien Jean Yves Pelletier, qui venait de fonder en juin de la même année avec le professeur d’histoire Gaétan Gervais et avec l’enseignante Sœur Huguette Parent, le ROPFO (aujourd’hui connu sous le nom de Réseau du patrimoine franco-ontarien, RPFO).

La contribution des francophones de l’Ontario et leur profond enracinement en sol ontarien est maintes fois souligné. De fait, l’expression « patrimoine culturel » directement tiré du préambule de la Loi sur les services en français, est reprise une dizaine de fois dans des discours par autan intervenants, provenant de tous les milieux, pas seulement par les historiens.

En 1989, tous les espoirs étaient permis en Ontario français. Les premiers conseils scolaires de langue française avaient été créés l’année précédente, la Loi sur les services en français entrait finalement en vigueur, un premier collègue d’arts appliqué et de technologie était sur le point d’ouvrir ses portes (l’année suivante) et la communauté revendiquait de plus en plus fort une université de langue française, suite naturel au parachèvement de l’éducation en français en Ontario, de la petite enfance jusqu’au doctorat. De fait, d’aucuns pourraient qualifier que cette période d’effervescence et d’avancement rapide pour la communauté était ressenti en Ontario français comme une « révolution tranquille » qui se faisait à pas de géant. La francophonie ontarienne était plus vivante que jamais.

Lors du gala, la francophonie ontarienne est saluée par la francophonie d’ailleurs : Yves Duteuil en duplex depuis la France, chante son grand succès « La langue de chez-nous ». Chanterons aussi sur scène Renée Claude, Nathalie DiCaire, Hart-Rouge, Michel Paiement et Janie Renée.

Avoir réuni autant de talent en un seul endroit est un véritable tour de force des producteurs, qui bien conscient de l’étape névralgique que s’apprêtait à vivre l’Ontario français, lui ont offert un grand gala spectaculaire.

De fait, si tous avaient l’impression de vivre à une époque d’effervescence, peu d’entre eux pouvaient s’imaginer qu’ils étaient sur le point d’assister, en ce 18 novembre 1989, à un autre moment qui allait marquer l’histoire de la communauté.

Le clou de la soirée, arrive à la toute fin du grand gala, après près de deux heures de diffusion : François Dubé (qui s’occupe de la direction artistique du gala) se met à jouer du piano une nouvelle composition, mise en paroles par Paul Demers qui entame sans le savoir, sa chanson qui marquera le plus l’imaginaire et deviendra un symbole fort de sa communauté :

 

Pour ne plus avoir 

Notre langue dans nos poches 

Je vais chanter 

Je vais chanter

 

De l’aveu même de Paul Demers, il a trouvé l’inspiration de sa chanson en lisant du théâtre, ces premières paroles (« Notre langue dans nos poches ») sont effectivement tirées de la pièce de théâtre phare « Les Murs de nos villages » (1979) du dramaturge franco-ontarien Jean Marc Dalpé.

Demers, considérablement affaiblit par la maladie offre la performance d’une vie. Sa chanson, déjà si belle en temps normal, prend une tout autre dimension. On sent dans le timbre de voix de Demers, qui doit composer avec de grave ennuis de santé, la persistance, la persévérance et la ténacité des Franco-Ontarien.ne.s. Bien vite, Robert Paquette viendra le rejoindre en chantant, comme tous les artistes présents lors de ce grand gala. Tous chantent en cœur. L’émotion est vive.

Ils ne le savent pas, mais les centaines de personnes qui assissent au grand gala sont en train d’entendre pour la première fois la célèbre chanson « Notre place ». Outre les voix de Demers et Paquette, c’est aussi avec les voix de Jean Marc Dalpé et de Carmen Campagne, présente sur scène pour l’occasion avec son groupe de musique familial « Heart-Rouge » que le tout premier « Notre place » sera chanté.

Cette dernière est à l’orée d’une fructueuse carrière solo qui fera d’elle l’idole de toute une génération d’enfants francophones au Canada.

Le moment est réellement magique, comme il s’en créé qu’une seule fois par génération, et n’échappera pas à ceux qui assistent au grand gala. Ils voient défiler sous leurs yeux un moment historique. En le regardant 30 ans plus tard, on ne peut que s’émerveiller devant cette précieuse pièce d’anthologie.

En parlant de Paul Demers, la journaliste, critique et auteure franco-ontarienne Andrée Poulin écrivait à l’époque ceci dans le quotidien LeDroit d’Ottawa, le jour du grand gala : « à coup de poésie, à force de mélancolie, il fait vibrer les franco-ontariens depuis plus de 10 ans. Il a clamé très haut, en paroles et en musique, la fierté d’être franco-ontarien et la nécessité de l’affirmer. […] Qui d’autre, alors que l’auteur-compositeur-interprète Paul Demers pouvait mieux souligner ce moment historique de l’entrée en vigueur de la Loi 8 sur les services en français ? »

À propos du grand gala, Paul-François Sylvestre, à l’époque rédacteur en chef de la revue d’art franco-ontarienne Liaison écrira dans le numéro de janvier 1990 : « Un moment émouvant du Gala, mais bref, a certes été l’ovation accordée à Bernard Grandmaître, mais le clou de la soirée a été planté par un artiste, par Paul Demers qui a chanté ‘aujourd’hui pour demain’, qui a chanté ‘pour un avenir meilleur’, qui a chanté NOTRE PLACE. Les artistes, mieux que tous les officiels sur scène et à l’écran, ont fait sentir qu’une communauté prend aujourd’hui sa place. »

La chanson était inspirée de l’air du temps et des tubes qu’ont été les chansons « We Are de World » (1985), « La langue de chez-nous » de Duteil (1985) et « Le Cœur de ma vie » (1989) de Michel Rivard.

Demers avait été approché trois semaines avant la tenue du grand gala pour composer la chanson-thème de l’événement. Pour lui, il s’agirait de la première activité professionnelle depuis le mois de février, la maladie l’ayant contraint à se tenir à l’écart de la scène artistique et d’être même hospitalisé pendant une bonne partie de l’année. « Notre place » en 1989, marque donc le retour artistique en force de Demers qui se montre courageux devant l’adversité.

 

Capture d’écran du générique de clôture du grand gala. 

 

« Pour mettre les accents là où il le faut ! »

La chanson « Notre place » de Paul Demers fait directement allusion à la lutte que se livre les Franco-Ontarien.ne.s à cette époque et qui atteint son paroxysme afin de faire inscrire officiellement avec un accent aigu pour bien marquer son appartenance et son histoire francophone, le nom de la localité d’Orléans, bastion franco-ontarien à l’Est d’Ottawa. À cette époque, les panneaux d’Orléans affichent « Orleans ». La Commission de toponymie de l’Ontario sera saisie du dossier controversé d’une ampleur qu’elle n’avait jamais vu. Les conseils municipaux de la Ville de Gloucester et du canton de Cumberland adopteront tour à tour en 1990 des résolutions pour reconnaître que le nom officiel de la localité (qui n’est pas une ville et dont les frontières s’étendent sur deux municipalités) soit Orléans, avec un accent. La Commission de toponymie de l’Ontario entérinera officiellement la décision des municipalités en 1994 et les Franco-Ontarien.ne.s obtiendront gain de cause.

 

 

L’image frappera l’imaginaire : l’accent aigu sur Orléans ajouté en peinture sur un des panneaux unilingue anglophone qui désignent ce bastion franco-ontarien de l’Est de la province. La province ne reconnaîtra officiellement qu’en 1994 l’orthographe française d’Orléans, avec un accent.

 

Invité par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario à se remémorer l’état d’esprit qui l’animait le grand soir du 18 novembre 1989, Jean Yves Pelletier nous a confié le témoignage suivant le 17 novembre dernier, avec grande émotion :

« Il y avait foule au Théâtre Queen Elizabeth de Toronto le soir du samedi 18 novembre 1989. La fierté était palpable… le gratin franco-ontarien était au rendez-vous pour ce grand gala. Il y avait des centaines d’invités. Les organismes provinciaux étaient représentés par les présidences et les directions générales, les universités torontoises et ontariennes par des professeurs et des administrateurs, la fonction publique provinciale par des cadres et des hauts fonctionnaires, dont les nouveaux coordonnateurs des services en français des divers ministères.

Des chefs de file de toutes les sphères de la vie française en Ontario sont invités à tour de rôle au micro. Je me souviens des interventions du père Roger Guindon, de Rolande (Soucie) Faucher, de Jean-Baptiste Alie (président de la Fédération des caisses populaires de l’Ontario) et de Jeannine Legault (Fédération des guides franco-ontariennes), pour ne nommer que ceux-là.

J’étais aux côtés de Paul-François Sylvestre qui était alors directeur général des Éditions L’Interligne et rédacteur en chef de la revue Liaison. J’étais membre du conseil d’administration de la maison d’édition à cette époque-là et secrétaire provincial sortant de la Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie (SFOHG). À la réception, je me souviens d’avoir jasé avec Charlotte Gobeil, une personnalité de la télévision de la CBC et de TVOntario qui était une des animatrices ; elle m’avait présenté à Laure Rièse, une grande éducatrice torontoise. »

En 2016, Rolande Faucher, présidente de l’ACFO provinciale en 1989, se rappelait de la première fois qu’elle avait entendu « Notre place » dans une lettre ouverte qui fut publiée dans les pages du journal Le Droit :

« ‘Notre place’, la première fois. C’était le 17 novembre 1989 à Toronto, rencontre d’automne de l’ACFO provinciale. Le lendemain, nous allions célébrer l’entrée en vigueur de la Loi de 1986 sur les services en français. Nous avions terminé assez tôt. Un rideau séparait une section de la salle où nous terminions nos travaux, quand le rideau se rétracta pour laisser apparaître Paul Demers et Robert Paquette, guitares en main. Sans mot dire, ils commencèrent à chanter en harmonie une chanson inconnue, ‘Notre place’.

Ce fut le choc, la grande émotion, les pleurs de joie même, d’entendre cette chanson qui parlait de nous, nous engageant à prendre la place qui nous revient en Ontario. Cette présentation intime pour les leaders du temps de nos organismes franco-ontariens et des ACFO régionales, allait nous laisser à jamais émus, nous les premiers chanceux à l’avoir entendue. La surprise de cette première manifestation avait été bien réussie. »

Le lendemain, les deux artistes l’ont enseigné à un groupe d’écoliers car en soirée, lors d’un extraordinaire spectacle télévisé par TFO et repris par TV5, devant une foule en délire, la chanson ‘Notre place’ connut son vrai lancement public. Quand le spectacle fut terminé, ce fut la fête pendant que nos deux bardes franco-ontariens reprenaient le nouvel air, dont les paroles commençaient à s’inscrire dans nos mémoires. J’ai souvenir, entre autres, d’un monsieur de Val Rita, debout, des larmes coulant le long de ses joues. Nous allions la prendre, notre place. »

Le grand gala est retransmis sur les ondes de TVOntario, puis le lendemain sur les ondes de TV5 monde, ce qui offre à l’Ontario français une couverture internationale, à une époque où c’était peu fréquent.

La chanson « Notre place », un ver d’oreille, devient vite populaire et est reprise dans les écoles de langue française de la province. Les « enfants de la gestion scolaire », ceux de la génération qui ont été élèves dans les écoles de langue française en Ontario à partir de 1998 (année de l’obtention de gestion scolaire complète par les francophones), pourraient vous la chanter sans trop de difficulté. Ils la connaissent généralement par cœur l’ayant entendu tout au long de leur parcours scolaire, lors célébrations franco-ontariennes, principalement celle du 25 septembre.

Si la chanson est si populaire, c’est parce que Paul Demers a réussi mieux que quiconque à saisir la fierté de l’identité franco-ontarienne dans toute sa quintessence et dans toute sa diversité géographie et régionale, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. La chanson de Demers est une ode à francophonie ontarienne qui prend sa place, toute sa place, celle qui lui revient de droit.

Après le grand gala, la fête continua jusqu’aux petites heures du matin dans le cadre d’un vin et fromage. Le lendemain en fin d’après-midi, la présidente de l’ACFO provinciale et son directeur général, Rolande (Soucie) Faucher et Fernand Gilbert, se sont envolés avec le premier ministre de l’Ontario pour l’accompagner dans une mission économique en France, une première dans l’histoire de la province. En entrevue avec l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario le 19 novembre 2019, 30 ans après ce voyage d’affaires, Rolande Faucher se souvient que le premier ministre Peterson s’adressa en France à ses interlocuteurs qu’en français et précise qu’elle et Fernand Gilbert ont séjourné dans l’hexagone à leurs frais !…

Deux ans plus tard,  l’ACFO provinciale organisa un sommet de la francophonie ontarienne à Toronto, du 7 au 9 juin. Le thème choisi fut « Notre place… aujourd’hui pour demain », des paroles puisées directement dans la chanson écrite par Paul Demers.

 

« Notre place » et la Loi sur les services en français :

devenus des symboles forts de la communauté et de l’identité franco-ontariennes 

La chanson « Notre place » est devenue l’hymne officiel des Franco-Ontarien.n.e.s suite à une motion adoptée par l’Assemblée législative de l’Ontario le 2 mars 2017. La motion avait été présentée par le député de Glengarry-Prescott-Russell de l’époque, Grant Crack. Le texte de la motion se lit comme suit : « Que, de l’avis de l’Assemblée, la chanson « Notre Place », écrite par Paul Demers et François Dubé, soit reconnue comme l’hymne officiel des francophones de l’Ontario ; et que cet hymne devienne une célébration de la contribution des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens de tous horizons à la province. »

Paul Demers nous a quitté en 2016. L’auditorium du Collège catholique Samuel-Genest, où il a été animateur culturel, porte son nom depuis 2018. Une école élémentaire publique de langue française de Toronto et le prix hommage remis par l’APCM remis lors de son gala des Prix Trille Or, portent son nom depuis cette année.

Inauguration de l’École élémentaire catholique Notre-Place, à Orléans, le 13 octobre 2016. De gauche à droite : Marie-France Lalonde, députée provinciale d’Orléans ; Réjean Sirois, directeur de l’éducation du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) ; Joanne Lacombe, présidente du CECCE ; Paul Demers ; Stephen Blais conseiller municipal du quartier Cumberland au conseil municipal de la ville d’Ottawa, Marie-France Paquette, surintendante de l’éducation du CECCE et membre du conseil d’administration de l’AFO. À ses côtés, deux personnes inconnues. Crédit photo : CECCE.

 

Une école élémentaire catholique de langue française d’Orléans porte le nom « Notre place » depuis 2016, où Paul Demers a habité dans les dernières années de sa vie. Le monument dédié aux Franco-Ontarien.n.e.s dans les jardins de l’Assemblée législative de l’Ontario, à Toronto, porte également le nom de « Notre place », depuis 2018. Il s’agit du seul monument commémoratif à honorer la minorité linguistique francophone à Queen’s Park.

 

La une du journal Le Métropolitain (4 octobre 2018, Vol. 26, no. 37) suite à l’inauguration le 25 septembre 2018 du Monument « Notre place », dédié aux Franco-Ontarien.ne.s, dans les jardins de Queen’s Park, à Toronto. De gauche à droite : Carol Jolin, président de l’AFO ; Elizabeth Dowdeswell, Lieutenante-gouverneure de l’Ontario ; Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l’Ontario et Amanda Simard, députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell.

 

Les deux jugements des tribunaux en 1999 et en 2001 dans la cause Montfort sont venus donner à la Loi sur les services en français de l’Ontario un statut quasi-constitutionnel. Bien qu’initialement prévu dans l’ébauche de la loi en 1986, ce n’est qu’en 2007, que la loi a été amendée pour y inclure un Commissaire aux services en français (devenu indépendant en 2014), doté de pouvoir d’enquête et dont le rôle est de veiller à l’application de la loi et à faire des recommandations au gouvernement pour le respect de celle-ci. Le Commissariat a été abolit suite à l’énoncé budgétaire du 15 novembre 2018. Des manifestations monstres partout en province ont suivi cette décision le 1er décembre 2018 et le retour à un Commissariat indépendant est toujours réclamé par l’AFO.

30 ans plus tard, le constant est qu’une refonte en profondeur de la Loi s’impose. La francophonie ontarienne de 1986 ou de 1989 n’est pas celle de 2019. Après trois décennies, une mise à jour est nécessaire. Deux projets de loi privé ont été déposés en ce sens. Le premier par l’ex-députée libérale d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers (en juin dernier), le deuxième au début du mois par le député néo-démocrate de Mushkegowuk—Baie James Guy Bourgouin. De plus, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO), fort des travaux d’un comité conjoint ont présenté leur proposition de libellé pour une nouvelle loi, dont la teneur a été discutée au dernier congrès de l’AFO, en octobre dernier. La ministre des Affaires francophones du gouvernement de l’Ontario, Caroline Mulroney, a affirmé le 25 septembre dernier – Journée provinciale des Franco-Ontarien.ne.s – sa ferme intention d’adopter une nouvelle Loi sur les services en français de l’Ontario avant les prochaines élections générales, prévues pour 2022.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) remercie chaleureusement le chercheur franco-ontarien Jean Yves Pelletier d’Ottawa d’avoir généreusement mis à sa disposition la vidéo de la première fois où fut chantée « Notre place ». L’AFO l’a diffusé sur internet en exclusivité le 18 novembre 2019, pour le 30e anniversaire de l’hymne franco-ontarien. On peut visionner ce moment historique en cliquant au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=fQ0-Ru_ejXU

 

Capture d’écran des paroles de la chanson « Notre place », tel que parus dans le numéro de la revue franco-ontarienne Liaison, en janvier 1990 (numéro 55, page 11). 

 

Recherche et rédaction : Diego Elizondo

Publié le 19 novembre 2019.

Note : il est formellement interdit de plagier ou de copier en intégralité ou en partie ce texte, à moins de le citer convenablement. Toute reproduction est aussi formellement interdite à moins d’avoir obtenu aupréalable le consentement par écrit de l’auteur.