Avant Anthony Rota, ces député.es franco-ontarien.ne.s qui ont été président.e.s de la Chambre des communes

Le ou la président.e de la Chambre des communes est l’officier.e qui préside dans la chambre basse au Parlement bicaméral canadien et veille à l’ordre et au respect des règles parlementaires de façon impartiale.

Autrefois nommé.e par le ou la premier.e ministre en fonction, il ou elle est depuis 1986 élu.e par ses pair.e.s, entre les député.e.s de la Chambre des communes au commencement de chaque nouvelle législature, par l’entremise d’un vote secret. Le rôle du ou de la président.e est le même dans tous les pays dont le Parlement est basé sur le système de Westminster. Le ou la président.e est généralement un.e député.e du parti au pouvoir, mais ce n’est pas un prérequis. Le dernier président issu des rangs de l’opposition était Peter Milliken, député libéral de Kingston qui a été président à deux rerpises sous des gouvernements conservateurs, entre 2006-2008 et 2008-2011.

Tou.te.s les député.e.s sauf les ministres et chefs de partis sont éligibles pour briguer la présidence. Les député.e.s qui ne désirent pas mettre leur nom de l’avant doivent le signaler par une lettre annonçant leur retrait le jour précédant le vote. L’élection est présidée par le ou la député.e doyen.ne. de la Chambre. Le poste est accompagné d’un cachet salarial ajouté à la rémunération de député. En prime, cette affectation comprend l’usage d’une résidence officielle appelée « La Ferme » et située dans le domaine Kingsmere à Chelsea dans le Parc de la Gatineau, en Outaouais québécois.

Depuis la Confédération de 1867, ils ont été une poignée de Franco-Ontarien.ne.s à avoir occupé ce poste prestigieux. Le dernier en liste est l’actuel président, Anthony Rota élu à l’ouverture de la 43e législature, le 5 décembre 2019. Tour d’horizon.

 

LE PREMIER : LE GRAND NAPOLÉON-ANTOINE BELCOURT (1904-1905)

Le premier Franco-Ontarien à avoir occupé le poste est Napoléon-Antoine Belcourt.

 

Portrait officiel de Napoléon-Antoine Belcourt, président de la Chambre des communes du Canada (1904-1905).

Peinture réalisée par Charles Ignace Adélard Gill, en 1905.

Source : Collection de la Chambre des communes.

 

Né à Toronto le 15 septembre 1860, il a grandi principalement à Trois-Rivières, au Québec où il a fréquenté le Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. Destiné à devenir avocat, il a étudié à l’École de droit de l’Université Laval (succursale de Montréal), et a obtenu son diplôme avec grande distinction en 1882. Admis au Barreau de la province de Québec, il revint dans sa province natale en s’installant à Ottawa en 1884 et en devenant membre du Barreau du Haut-Canada au cours de la même année.

Ami intime du chef fédéral libéral Wilfrid Laurier (tous deux habitants dans la Côte-de-Sable à quelques maisons de distance), Belcourt a été élu à la Chambre des communes à sa deuxième tentative, dans la circonscription d’Ottawa en 1896. Il a été réélu en 1900 et en 1904.

Le premier ministre du Canada Sir Wilfrid Laurier (premier francophone à occuper cette fonction) l’a nommé président de la Chambre pour la dernière (quatrième) session de la neuvième législature le 10 mars 1904, poste qu’il a occupé jusqu’au 10 janvier 1905. Deux ans plus tard, Laurier nomme Belcourt au Sénat du Canada.

C’est ce même Napoléon-Antoine Belcourt qui sera élu en 1910, premier président de l’Association canadienne-française d’Éducation d’Ontario (ACFÉO), l’organisme voué à la défense des droits et intérêts des francophones de l’Ontario, ancêtre de l’actuelle Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Aux côtés de Samuel Genest et du père Charles Charlebois, Belcourt sera un des héros de la lutte franco-ontarienne contre le Règlement XVII à Ottawa.

En sa qualité de juriste c’est Belcourt lui-même qui mènera la bataille juridique en plaidant jusqu’au Conseil privé de Londres (alors le plus haut tribunal du pays) contre l’infâme Règlement XVII.

Le chanoine et historien canadien-français Lionel Groulx admirait Belcourt et a écrit un roman basé sur la vie privée de ce chef de file franco-ontarien. Intitulé « L’Appel de la race ». Véritable best-seller de l’édition canadienne-française, le roman relate le déchirement et la période difficile que traverse Belcourt avec son divorce, tout en menant la résistance franco-ontarienne.

Il a été le seul francophone membre fondateur de la « Unity League », un regroupement de francophiles en appui aux Franco-Ontarien.n.e.s contre le Règlement XVII.

Belcourt a eu trois filles de son premier mariage et trois garçons de son second mariage. L’un de ses fils, Victor Belcourt, était architecte à Ottawa tandis que l’un de ses beaux-fils, Paul Leduc (1899-1971), a été député libéral d’Ottawa-Est (aujourd’hui Ottawa-Vanier) et ministre provincial des Mines de 1934 à 1940.

Napoléon-Antoine Belcourt est décédé à Blue Sea Lake, au Québec, en 1932. Il a été inhumé au cimetière Notre-Dame d’Ottawa.

Depuis 1957, une rue d’Orléans commémore la mémoire de Belcourt. La chancellerie locale de l’Ordre de Jacques Cartier portait le même nom. Une école secondaire publique de Vanier a également commémoré la mémoire de Belcourt de 1971 à 1983.

 

L’INDÉPENDANT : LUCIEN LAMOUREUX (1966-1974)

Il faudra attendre un demi-siècle avant de voir un deuxième Franco-Ontarien accéder au poste de président de la Chambre des communes. C’est Lucien Lamoureux, député de Stormont qui sera le deuxième à occuper ce poste.

 

Lucien Lamoureux, président de la Chambre des communes du Canada (1966-1974).

Portrait réalisé par l’artiste Suraj Sadan, en 1977.

Source : Collection de la Chambre des communes du Canada.

 

Né à Ottawa en 1920, Lucien Lamoureux a grandi dans le quartier de la Côte-de-Sable d’Ottawa et étudie à l’École Garneau d’Ottawa ainsi qu’à l’Université d’Ottawa où il effectue son cours classique. Après avoir complété son baccalauréat, il obtiendra un diplôme en droit d’Osgoode Hall, à Toronto et il s’installe à Cornwall.

Protégé et associé dans le cabinet juridique de Lionel Chevrier, Lamoureux sera le bras droit de ce député de Cornwall et influent ministre libéral dans les gouvernements de Mackenzie King, de Louis Saint-Laurent et de Lester B. Pearson.

Lamoureux se lance dans l’arène politique en étant élu député libéral une première fois en 1962. L’année suivante, il est élu vice-président de la Chambre des communes. Il commence alors à ne plus se présenter aux réunions du caucus du parti, à prendre ses distances du Parti libéral et à revendiquer et afficher son indépendance.

Lamoureux est nommé président de la Chambre en 1966 lors du deuxième mandat du gouvernement minoritaire de Lester B. Pearson. Il s’acquitte de ses tâches dans un climat tendu entre le gouvernement et l’opposition officielle.

Tenant mordicus à son indépendance, à son impartialité et à sa légitimité comme président, Lucien Lamoureux s’inspire de la tradition britannique en se présentant comme candidat indépendant aux élections fédérales suivantes. Dans sa démarche, Lamoureux obtient un appui du Parti libéral et du Parti progressiste-conservateur qui acceptent de ne pas présenter de candidat contre lui dans la circonscription de Stormont. Le Nouveau Parti démocratique en revanche présentera un candidat aux élections contre Lamoureux.

Qu’importe, car Lamoureux gagne son pari de façon éclatante en étant réélu député de Stormont-Dundas aux élections de 1968, remportées par Pierre Elliott Trudeau, le nouveau chef du Parti libéral du Canada, à la tête d’un gouvernement majoritaire.

Lamoureux répétera avec éclat son exploit inespéré une deuxième fois en 1972, en étant réélu député indépendant dans son fief comme président sortant des Communes avec plus de 5000 voix de majorité, même si, lors de cette élection, le Parti progressiste-conservateur et le Nouveau Parti démocratique avaient présenté des candidats contre lui.

« Je n’aime pas les polémiques politiques. À mon avis, elles ne concourent pas au bien-être de la population », avait-il déclaré au quotidien Le Devoir lors d’une entrevue réalisée en avril 1974.

Lucien Lamoureux sera président de la Chambre des communes au moment où un gouvernement minoritaire sera formé, de 1972 à 1974. Le gouvernement de Trudeau n’a alors que deux sièges de majorité face à l’opposition officielle menée par Robert Stanfield.

Il annonce son retrait de la vie politique canadienne en 1974. Il est nommé ambassadeur du Canada en Belgique et au Luxembourg l’année suivante. Il deviendra ensuite ambassadeur du Canada au Portugal de 1980 à 1985, année où il prend sa retraite. Il décède à l’âge de 77 ans, le 16 juillet 1998 à sa résidence de Bruxelles, en Belgique, où il s’était établi. Il a reçu l’Ordre du Canada de façon posthume l’année de son décès. Il repose au cimetière Notre-Dame d’Ottawa.

Un grand parc municipal de la ville de Cornwall, en bordure du fleuve Saint-Laurent, porte son nom.

Lamoureux demeure à ce jour seul président de la Chambre de l’histoire canadienne à s’être présenté aux élections à titre de candidat indépendant et à avoir été prolongé dans ses fonctions. Après Peter Milliken (2001-2011), Lamoureux est deuxième député à avoir occupé le fauteuil de président de la Chambre des communes le plus longtemps.

Fait inusité : Pendant qu’il était vice-président de la Chambre, Lucien Lamoureux possédait l’un des trois premiers drapeaux unifoliés canadiens qui a été hissé pour la première fois en haut de la Tour de la paix, le 15 février 1965. Le drapeau est resté dans la collection privée de la famille Lamoureux, en Belgique. Conformément à ses dernières volontés, ce drapeau a été mis sur son cercueil à ses obsèques. Après plusieurs pourparlers, la veuve de M. Lamoureux s’est laissé convaincre en 2005 de faire don de ce drapeau au Musée canadien des civilisations (actuellement appelé Musée canadien de l’histoire), qui l’a rapatrié de Belgique. Le premier ministre du Canada Stephen Harper a organisé une cérémonie pour souligner cette acquisition historique d’importance en hiver 2006.

 

UN DUEL FRANCO-ONTARIEN AU SOMMET : GILBERT PARENT (1994-2001)

 Gilbert Parent devient le troisième député franco-ontarien à accéder au poste de président de la Chambre des communes, en 1994.

 

Gilbert Parent, président de la Chambre des communes du Canada (1994-2001). 

Peinture réalisée par David Goatley, 2001. 

Source : Collection de la Chambre des communes du Canada.

 

Né le 25 juillet 1935 à Mattawa, Gilbert Parent a cinq ans lorsque sa famille déménage à Welland. Parent sera enseignant de français et d’éducation physique dans les écoles secondaires de la région du Niagara avant de devenir directeur-adjoint à Thorold, au sein du conseil scolaire Niarara South Board of Education.

Parent fait d’abord ses armes en politique scolaire en étant élu conseiller scolaire du Conseil des écoles séparées catholiques du comté de Welland. Il est ensuite élu pour une première fois député de St. Catherines en 1974, sous la bannière du Parti libéral du Canada. Il sera réélu aux scrutins de 1979 et de 1980, avant de connaître la défaite lors de la vague progressiste-conservatrice qui déferle sur tout le Canada aux élections de 1984.

Parent effectue un retour en gagnant à nouveau son siège lors de l’élection suivante, celle de 1988. Il est réélu lors du scrutin de 1993 dans la circonscription de Welland-St. Catherines-Thorold.

Le Franco-Ontarien a été secrétaire parlementaire du ministre des Affaires extérieures (1977-1979) avant d’accéder brièvement au cabinet fédéral de Pierre Elliott Trudeau à titre de ministre du Travail et du ministre d’État aux Sports (1980-1981).

Au moment où s’ouvre la 35e législature, le 17 janvier 1994, les député.e.s sont confronté.e.s à un choix difficile alors que deux députés franco-ontariens de haut niveau s’affrontent pour devenir le nouveau président de la Chambre : Gilbert Parent d’un côté et de l’autre, Jean-Robert Gauthier député libéral fédéral d’Ottawa-Vanier depuis 1972. Le poste de président de la Chambre est un poste élu par l’ensemble des député.e.s et non plus choisi par le ou la premier.e ministre depuis 1986.

Les député.e.s sont invité.e.s à élire par voie de scrutin secret le président, jusqu’à ce que l’un d’eux obtienne la majorité simple des voix, 50% + 1. D’autres candidat.e.s sont rapidement éliminé.e.s n’ayant pas récolté assez d’appuis (5% ou moins). Parent et Gauthier se livrent donc un duel franco-ontarien au sommet. Qui des deux l’emportera ? Survient alors un événement inédit en politique canadienne : au cinquième tour, les deux candidats sont à égalité ! Un événement jamais vu au Parlement canadien, nous confie une source bien au fait du dossier qui a réclamé l’anonymat.

Les député.e.s sont donc appelé.e.s à voter à nouveau pour une sixième fois. Après sept heures d’attente, Gilbert Parent remporte le vote… par une seule voix de majorité !

Parent sera réélu député libéral de la circonscription de Niagara-Centre en 1997 et continuera d’occuper le poste de président de la Chambre jusqu’au 28 janvier 2001. Parent ne s’est pas représenté aux élections suivantes.

C’est sous la présidence de Parent, en 2000, que la Chambre des communes a publié la première édition de ce qui allait devenir l’ouvrage par excellence et la référence en la matière sur les précédents et les règles de procédure, La procédure et les usages de la Chambre des communes, rédigé sous la direction des Franco-Ontariens Robert Marleau (greffier) et Camille Montpetit (sous-greffier).

Au cours de son premier mandat comme président, Parent a dû présider les travaux aux Communes en présence de deux partis régionalistes qui ont fait leur apparition : le Reform Party à l’Ouest canadien et le Bloc québécois, qui a formé l’opposition officielle de 1993 à 1997.

Gilbert Parent est décédé à Toronto le 3 mars 2009.

Quant à Jean-Robert Gauthier (1929-2009), après cette défaite difficile à la présidence de la Chambre des communes, il a été nommé sénateur par le premier ministre du Canada Jean Chrétien, suivant les pas de Napoléon-Antoine Belcourt.

 

UN CAS À PART ET UNE PIONNIÈRE : JEANNE SAUVÉ (1980-1983)

Jeanne Sauvé, la grande dame canadienne-française a été la seule à ce jour à avoir occupé le poste de président de la Chambre des communes.

Franco-Ontarienne d’adoption, Jeanne Sauvé a été la seule femme à ce jour à occuper le poste de président de la Chambre des communes.

Portrait réalisé par Brenda Bury, 1984. 

Source : Collection de la Chambre des communes du Canada.

 

Véritable pionnière, Jeanne Sauvé a été la première femme à occuper une série de postes prestigieux, dont la présidence de la Chambre. C’est alors qu’elle est députée de Laval-des-Rapides, une circonscription du Québec, qu’elle accède à cette fonction.

Bien qu’élue au Québec, Jeanne Sauvé a vécu sa jeunesse en Ontario français. En effet, la fransaskoise d’origine, née Benoît dans le village Prud’homme en 1922 avait déménagé à un jeune âge avec sa famille à Ottawa.

Jeanne Benoît effectue sa scolarité en milieu franco-ontarien, notamment son secondaire au couvent Notre-Dame-du-Rosaire, dans l’ouest d’Ottawa. Elle étudiera également à l’Université d’Ottawa, une université majoritairement francophone en Ontario à cette époque, quoiqu’officiellement bilingue depuis ses débuts (hormis de 1874 à 1901 où elle sera unilingue anglophone).

Jeanne Benoît épouse Maurice Sauvé à Ottawa le 24 septembre 1948 et prend le nom de Jeanne Sauvé. Les jeunes mariés partent s’installer à Montréal où elle débute une carrière de journaliste, avant de mettre le cap sur Londres et Paris, où ils ont vécu ensemble pendant quelques années. Elle y travaille à l’UNESCO en tant qu’assistante du directeur du Secrétariat à la jeunesse et obtient en parallèle un diplôme en civilisation française de l’Université de Paris.

De retour au Canada, Jeanne Sauvé entame une carrière à Radio-Canada, où elle sera entendue à la radio et vue à la télévision de la Société d’État canadienne.

Elle se présente une première fois en politique à l’élection de 1972. La candidate vedette se fait élire dans la circonscription d’Ahuntsic sous la bannière du Parti libéral du Canada, alors dirigé par Pierre Elliott Trudeau.

Elle fait aussitôt son entrée dans le cabinet fédéral à titre de ministre d’État aux Sciences et à la technologie, devenant la première femme francophone au Canada à occuper un poste ministériel.

Sauvé est réélue aux élections de 1974 et devient ministre de l’Environnement. L’année suivante, elle devient ministre des Communications pour la Francophonie internationale, toujours au sein du gouvernement de Trudeau père.

Le 14 avril 1980, Jeanne Sauvé accède à la présidence de la Chambre des communes, une première pour une femme. Elle siège à cette fonction pendant les trois ans et demi de la première session de la 32e législature, jusqu’au 30 novembre 1983, période qui coïncide avec le dernier mandat de Pierre Eliott Trudeau.

Elle fracassera un autre plafond de verre en devenant la première femme a être nommée gouverneur général du Canada, en 1984, poste qu’elle occupera jusqu’en 1990. En plus des charges spécifiquement rattachées à ce poste, elle s’occupera aussi de dossiers touchant les jeunes, la paix dans le monde et l’unité canadienne.

Une école élémentaire publique de langue française d’Orléans, dans l’Est d’Ottawa, porte son nom depuis 1988. Jeanne Sauvé est décédée en 1993 à Montréal, où elle vivait depuis la fin de son mandat de gouverneur général.

Mentionnons que son époux, Maurice Sauvé (1923-1992), a été député libéral au Québec (1962-1968) et ministre dans le gouvernement de Lester B. Pearson.

Note : conformément aux déclarations faites par Jeanne Sauvé de son vivant, nous n’avons pas féminisé les noms des postes qu’elle a occupés, soit « président de la Chambre des communes » et « gouverneur général ».

De plus, nous nous sommes gardés d’identifier Jeanne Sauvé comme l’une des président.e.s franco-ontariennes de la Chambre, étant donné qu’elle a été élue députée au Québec, malgré sa jeunesse passée en Ontario français. Au demeurant, elle-même préférait s’identifier comme « Canadienne-Française », se gardant bien de son vivant, de limiter son identité francophone à l’une des trois provinces où elle a vécu (Saskatchewan, Ontario et Québec).

 

UN MOMENT UNIQUE ET SPÉCIAL : MAURIL BÉLANGER (2016)

Un moment unique et rempli d’émotion est survenu le 9 mars 2016 au moment où Mauril Bélanger accède de façon honoraire et symbolique pour un jour à la présidence de la Chambre des communes, au moment où les travaux ont repris à la 42e législature, après l’élection générale d’octobre 2015.

Mauril Bélanger a été président honoraire de la Chambre des communes, le 9 mars 2016.

Gravement malade et en fin de vie, les député.e.s ont fait une trêve partisane en lui accordant le droit de réaliser pour un jour le rêve qu’il caressait. Bélanger est décédé six mois plus tard.

Source : capture d’écran d’une vidéo publiée le 16 août 2016, sur la page Facebook de Justin Trudeau, premier ministre du Canada.

 

Le Franco-Ontarien Mauril Bélanger, né à Mattawa en 1955, était député fédéral libéral dans la circonscription d’Ottawa-Vanier depuis 1995, moment où il succède au député Jean-Robert Gauthier qui est devenu sénateur. Bélanger a été réélu par d’écrasantes majorités à toutes les élections suivantes, en 1997, 2000, 2004, 2006, 2008, 2011 et 2015. De 2004 à 2006, il a été tour à tour ministre associé à la Défense nationale, ministre du Commerce international et ministre responsable des Langues officielles dans le gouvernement de Paul Martin fils.

Vieux routier de la politique et respecté par ses pair.e.s de tous les partis, Bélanger était pressenti pour accéder à la présidence de la Chambre des communes après le retour majoritaire du Parti libéral du Canada au gouvernement. Il était même parti favori pour le devenir, mais en 2015, la vie lui a cependant réservé un autre destin tragique qui allait l’empêcher de réaliser son rêve.

Peu après sa septième réélection, Bélanger a reçu un diagnostic médical : il était atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), aussi appelée maladie de Lou Gehrig, une rare maladie dégénérative sans aucun remède connu.

En guise d’hommage et sympathisant avec lui, les député.e.s ont accordé à l’unanimité le privilège à Mauril Bélanger le 9 mars 2016 de siéger pour un jour à titre de président honoraire de la Chambre des communes. Le moment, véritablement unique, était tout particulièrement spécial alors qu’à tour de rôle, des député.e.s de toutes les formations politiques ont rendu des hommages bien sentis aux qualités humaines et parlementaires de Bélanger. Même le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a pris la parole à cette occasion, pour saluer « un ami et un collègue ».

Devant l’adversité, Bélanger a continué à siéger courageusement comme député jusqu’à son décès, survenu le 16 août 2016.

Ses obsèques ont eu lieu à la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa en présence du premier ministre du Canada en fonction, Justin Trudeau et de l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien. Mauril Bélanger a été inhumé au cimetière Beechwood d’Ottawa. Les armoiries de la Chambre des communes et le drapeau franco-ontarien ornent sa pierre tombale.

L’école élémentaire publique de langue française Le Trillium a été renommée en son honneur en 2017. L’atelier d’innovation sociale de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, porte son nom, tout comme un auditorium du Musée de l’Aviation et de l’Espace du Canada. Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a annoncé, la mise en œuvre d’un programme gratuit d’apprentissage en ligne et de maintien du français et de l’anglais langue seconde, intitulé « Le Mauril ». Enfin, la ville de Mattawa a nommé un pont en honneur de Mauril Bélanger en octobre 2019 en plus d’avoir inauguré un obélisque à sa mémoire à proximité de la structure.

 

ANTHONY ROTA (depuis 2019- )

Né à North Bay le 15 mai 1961, Anthony Rota est devenu le quatrième franco-ontarien à officiellement devenir président de la Chambre des communes.

Titulaire d’un baccalauréat ès arts en sciences politiques de l’Université Wilfrid Laurier (à Waterloo), d’un diplôme en finance d’Algonquin College à Ottawa et d’une maîtrise en administration des affaires diplômé de l’Université d’Ottawa, Rota a œuvré principalement comme entrepreneur dans le secteur des finances et de l’immobilier à North Bay, où il sera notament président de la Chambre de commerce de la ville et du district.

Rota a fait son entrée en politique en se faisant élire au conseil municipal de North Bay (1994-1997), où il a occupé le poste de président de la planification et du développement économique.

Il remporte l’élection générale en tant que candidat du Parti libéral dans la circonscription de Nipissing—Timiskaming, dans le Nord-Est de la province. Réélu aux élections de 2006 et de 2008, il a mordu la poussière de justesse en 2011. Il a effectué un retour en force en remportant son ancien siège en 2015 avant d’être réélu pour un cinquième mandat à l’élection générale de 2019.

Au cours de la 38e législature, il a occupé les fonctions de président du sous-comité des anciens combattants du Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants. Il a aussi siégé au Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants.

Après avoir été réélu en janvier 2006, il a occupé le poste de vice-président du Comité permanent des anciens combattants et a siégé à deux comités : le Comité permanent sur l’environnement et le développement durable et le Comité permanent de la défense nationale. De plus, de 2007 à 2011, il a assumé la présidence du caucus du Parti libéral du Canada. Pendant cette période, M. Rota a aussi été porte-parole responsable de l’Initiative fédérale du développement économique dans le nord de l’Ontario (FedNor). Après l’élection de 2008, il a été vice-président du Comité permanent de l’industrie, des sciences et de la technologie.

Avant d’être élu à la Chambre des communes, M. Rota a travaillé pour le Programme d’aide à la recherche industrielle (PARI) du Conseil national de recherches à titre de gestionnaire régional pour l’Ontario, ainsi que dans le domaine du transfert international de technologie.

Après sa défaite électorale en 2011, M. Rota s’est joint à Nipissing University à North Bay en tant que chargé de cours en sciences politiques et directeur des relations gouvernementales, avant de retourner en politique active.

À l’ouverture de la 43e législature le 5 décembre 2019, en plus d’Anthony Rota, une autre Franco-Ontarienne était en lice pour le prestigieux poste de présidente de la Chambre, à savoir la députée néo-démocrate d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hugues. Par ailleurs, les autres candidats étaient le président sortant et député libéral Geoff Regan de même que les Conservateurs Joël Godin et Bruce Stanton.

Dans une entrevue accordée à #ONFR+ lors de la dernière élection générale, Anthony Rota s’identifiait comme Franco-Ontarien et avait répondu en français aux questions du journaliste.

Rota avait insisté sur « son engagement à bien desservir la communauté franco-ontarienne, notamment en s’assurant que son bureau offre des services dans les deux langues officielles ».

Mentionnons en terminant que des député.e.s franco-ontarien.ne.s ont occupé le poste de vice-président de la Chambre des communes. C’est le cas entre 2006 et 2008 de Royal Galipeau (1947-2016), député de la circonscription d’Ottawa-Orléans, de 2006 à 2015.

 

Recherche et rédaction : Diego Elizondo
Publié le 5 décembre 2019.

Note : il est formellement interdit de plagier ou de copier en intégralité ou en partie ce texte, à moins de le citer convenablement. Toute reproduction est aussi formellement interdite à moins d’avoir obtenu au préalable le consentement par écrit de l’AFO.