En 1969, l’ACFÉO devient l’ACFO

Les années ‘60 sont synonymes de grands changements dans les sociétés occidentales et l’Ontario français n’y échappe pas. Urbanisation, exode des campagnes, changements démographiques, avancées scientifiques et technologiques. La pratique religieuse en chute libre et l’autorité de l’Église, qui perd en influence, ne font plus l’unanimité et l’intervention de l’État dans toutes les sphères d’activité est à la hausse. Les changements sociétaux et culturels arrivent très rapidement et chamboulent des certitudes immuables depuis des années.

Pour les Franco-Ontarien.ne.s, l’un des plus grands changements de la décennie survient lorsqu’après des années de revendication, le gouvernement de l’Ontario accepte de construire des écoles secondaires publiques avec les deniers publics alors que le réseau de couvent et de collègues privés religieux est à bout de souffle. Les projets de loi 140 et 141 adoptés à l’Assemblée législative de l’Ontario en juillet 1968 accorde le droit aux francophones de la province de construire des écoles secondaires sur le territoire ontarien là où le nombre le justifie. Les premières écoles secondaires de langue française ouvrent les unes après les autres aux quatre coins de la province. Dans une rare unanimité au sein de la communauté, tous.tes se rangent derrière le modèle retenu, celui de l’école publique non-confessionnelle. Même le clergé l’appuie !

Les écoles de langue française ont été reconnues officiellement en 1963 et des changements structuraux ont lieu aux universités à Sudbury, Toronto et Ottawa cristallisant le bilinguisme institutionnel. Le domaine scolaire a enfin trouvé une stabilité qui satisfaisait la direction de l’ACFÉO.

Mais si l’éducation a fait des pas de géants pour la communauté franco-ontarienne pendant les années ‘60, d’autres secteurs d’activités attirent le regard des chefs de file de la francophonie ontarienne : la culture, la santé, la justice, les services sociaux, les affaires municipales, la politique et l’économie.

À l’orée des années 1970, la vieille structure de l’ACFÉO, datant de 1910 et qui était marquée par une forte présence religieuse depuis les débuts, ne semble plus correspondre aux impératifs du présent. L’ACFÉO décide de se mettre au goût du jour. 

Si, dans les faits, l’ACFÉO ne s’était limitée qu’aux seules questions scolaires, pour mieux indiquer que l’association s’intéressera dorénavant à toutes les dimensions de la vie des Franco-Ontarien.ne.s, elle modifie son nom en 1969 en supprimant le mot « éducation » pour devenir simplement l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO). 

Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (C2)

C’est son 21e congrès annuel, tenu à Ottawa les 19 et 20 mars 1969 qui lui fournit l’occasion de procéder à une refonte en profondeur, qui a entre autres pour objectif de démocratiser ses instances. 

Avec l’appui financier du gouvernement fédéral, un réseau d’animation socioculturel est lancé partout en province par l’entremise dans sections locales, dites « ACFO régionales » pour stimuler la participation et la présence en région de l’ACFO provinciale.

Son premier congrès annuel à l’extérieur d’Ottawa a lieu à Toronto en 1971 sous la présidence de Roger N. Séguin . L’année suivante, l’organisme adopte officiellement comme devise « Nous sommes, nous serons », apparue dès 1969. En 1976, une première femme, Gisèle Richer, accède à la présidence de l’ACFO.

L’action de l’ACFO dans la décennie des années ‘70 sera centrée sur une lutte pour l’accès aux services juridiques en français et sur une revendication globale des droits des Franco-Ontarien.ne.s pour l’adoption d’une « loi-cadre » régissant globalement l’offre et les obligations des services du gouvernement provincial vis-à-vis la communauté franco-ontarienne.